La philosophie du projet EN MEMOIRES
Les rides sont d’abord l’expression d’une richesse
Reims, ville d’Histoire et d’histoires, se souvient aujourd’hui, grâce à ses Anciens, du passé qui l’a composée.
Le projet « Reims en mémoires » sollicite les seniors sur la dynamique de transmission, il les remet en position de sages, parties prenantes d’un quartier, d’une ville, d’une histoire et de leur présent.
Un ancien peut être considéré comme un sage, riche de son expérience, de sa disponibilité, de sa bienveillance. Que les rides soient considérées comme une richesse et non comme un fléau peut inverser notre regard, notre considération pour les générations précédentes.
La collecte de la mémoire et la valorisation de soi
Nous allons cueillir la parole des résidents de l’ARFO sur leurs souvenirs de la société du siècle dernier.
Le projet « Reims en mémoires » leur apporte un espace d’écoute pour se raconter, se souvenir, faire revivre leurs émotions…
Que la parole de ces hommes et femmes, leurs souvenirs, aient un intérêt pour d’autres, qu’ils servent de plus une dimension pédagogique via une rencontre avec des Jeunes est une source de fierté et de revalorisation de soi.
Des leçons de vie qui ressemblent à des leçons de choses
Lorsqu’Aimée, Paulette, Moïse, Olympe ou Fernand évoquent leur jeunesse et leur travail, nous voyageons avec eux, loin, si loin…. Le travail à 13 ans, à la ferme ou debout à la chaîne, 10 h par jour, 6 jours par semaine ; la petite enveloppe avec la paye – en francs - pour les parents bien-sûr,.le confort « d’époque », un quotidien plutôt frugal, et pourtant une immense nostalgie du passé…
« La vie était moins belle, plus dure aussi, et pourtant on était plus heureux avant, on était solidaires… »
« Je regrette la vie lorsqu’on avait le temps de faire les choses »
Des héros que l’on ignore
Aimée a commencé de travailler à l’âge de 10 ans. Renvoyée de l’école car souffrant régulièrement d’hémorragies nasales « Comme on était beaucoup d’enfants - j’étais la 9ème d’une famille de 15 - ma mère m’a envoyée avec l’une de mes sœurs faire du porte à porte pour vendre des harengs saurs. Ma sœur frappait à la porte et moi je disais : « Bonjour Madame, voulez-vous des harengs saur ? Ils sont tout frais ! » Tu parles... !
L’évacuation, la résistance, le départ des maris, peut-être pour toujours, la marmite à faire bouillir malgré tout…
Yvonne se souvient des Allemands débarquant un soir avec leur mitraillette, « J’avais ma fille dans les bras…ils ont cherché mon mari et lui ont dit : « On vient vous tuer, dites au revoir à votre femme et votre enfant »… Juste à ce moment là un de leurs chefs est arrivé en disant qu’il y avait erreur sur la personne… !
Comment ne pas frémir à cette évocation : « Mon fils est venu au monde sous l’Occupation, c’était la nuit et il y avait le couvre-feu. Les Allemands ont débarqué en plein accouchement à cause de la lumière ! »
Et comment ne pas fondre d’émotion en écoutant Odette nous déclarer : « L’amour, il ne faut pas oublier l’amour ! Moi j’étais tellement amoureuse que je ne me suis même pas rendue compte de la guerre. Mais c’est vrai ! »
« Dis grand-mère, t’as vécu dans les cavernes toi ? »
Un jour, en évoquant ses souvenirs avec son petit-fils, Sylvianne déclare n’avoir pas connu l’ordinateur dans son enfance, ce dernier lui demande alors « Dis grand-mère, t’as vécu dans les cavernes toi ? » !
Le blog « Reims en mémoires » et l’écriture participative permettront au petit fils de Sylviane, et aux autres enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants de poser des questions sur « l’hier », de trouver des réponses sur Internet. Comme il se doit aujourd’hui.
En proposant de centraliser les récits sur un blog, l’équipe de Reims en Mémoires souhaite ouvrir une passerelle entre les générations et permettre aux plus âgées de franchir la barrière psychologique du web (« un outil merveilleux, mais pas pour nous, c’est trop tard »).